top of page

ARTICLE 034 - 21.07.2026

Au revoir, Aimé





Le 3 juillet dernier Aimé Agnel s’en est allé rejoindre Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, Kenji Mizoguchi, John Ford, Jean Painlevé...


Merci Aimé, parmi mille autres choses, de nous avoir fait entendre quelques films vraiment sonores et partagé ceux qui t’avaient ébloui enfant.



“ Nous sommes assis. Je suis peut-être sur les genoux de mon père pour mieux voir, mais personne ne me gêne, il y a un peu de monde. L'obscurité a dû être faite, imparfaitement, une demi-obscurité. L'appareil de projection est à même la salle. Il doit faire un peu de bruit qui m'indique que quelque chose commence. Dans mon souvenir le film est muet, toute l'agitation est prise par les images. Sur l'écran, là-bas, dans une étrange continuité qui évoque l'invisible poussée de la sève, s'ouvrent des fleurs, éclatent lentement des bourgeons. Le temps, comme la respiration, s'est brusquement arrêté. Ce qui normalement se déploie sans nous pendant notre sommeil, en notre absence, le temps si patient de la nature : l'extraction lente d'une feuille, l'ouverture progressive d'une fleur, la croissance d'une tige qui s'entortille autour d'un roseau, est donné à voir d'un coup, en quelques secondes magiques, comme s'ouvre un éventail. [...] J'ai longtemps cherché ce film et je ne l'ai retrouvé que de nombreuses années plus tard. Il figure dans une compilation de documentaires de Jean Painlevé, sous la forme d'un bonus d'une vingtaine de minutes intitulé "La Croissance des végétaux", dont le réalisateur est le Dr Jean Comandon (1877-1970), inventeur de la microphotographie. [...] Il m'a fallu encore une quarantaine d'années pour comprendre que le plaisir intense que j'avais à voir se déplacer lentement le groupe des Indiens dans les premiers plans du film de John Ford, Les Cheyennes, provenait de cette révélation, dans la toute petite enfance, de la beauté du mouvement lent des végétaux, si justement rendue grâce à un trucage, par la caméra sensible du Dr Comandon. Ce cinéaste scientifique sensible nous aide à saisir poétiquement la relation secrète qui existe entre le mouvement invisible, mais têtu et efficace de la sève, et celui que manifestent, dans leur lenteur si naturelle, parmi d'autres merveilles, les travellings de Kenji Mizoguchi et les panoramiques de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.”




Aimé Agnel, Un enfant voit un film, 2022

MORE

SIGN UP FOR NEW RELEASES AND UPCOMING EVENTS!

Join our Signal group

LES ÉDITIONS DE l'ŒIL  —  7, RUE DE LA CONVENTION  —  93100 MONTREUIL — FRANCE — 0033 1 49 88 03 57  —  EDITIONSDELOEIL@GMAIL.COM  — LEGAL NOTICE  — TERMS & CONDITIONS

bottom of page